7 trucs que j’aurais dû faire avant de céder madmoiZelle
Avec 5 ans de recul. Peut-être que ça pourra te servir, tiens.
Avant d’aller plus loin — Je me lance dans l’animation de stages en présentiel, sur deux jours (samedi dimanche), à Paris et dans le sud-ouest, sur les thèmes suivants : de la peur à l’action, l’égo et nos masques et les conflits relationnels. Les infos sur les prochains stages sont disponibles sur cette page.

Hier c’était le 1er octobre 2025.
Vingt ans plus tôt, en 2005, j’appuyais sur le bouton pour lancer madmoiZelle dans le grand monde du world wide web.
Hier, madmoiZelle aurait donc eu 20 ans.
J’ai vendu le média il y a 5 ans. Cinq années sur 47, c’est pas grand chose à l’échelle de ma vie. Pourtant, j’ai l’impression d’avoir vécu une existence entière depuis 5 ans. D’avoir appris moult choses que j’aurais aimé savoir avant de vendre.
madmoiZelle est devenu en l’espace de quelques années le fantôme de ce qu’il a été. Je comprends. Ce média, c’était de la dentelle qu’avec les équipes successives, on a confectionnée pendant 15 ans. Sans vraiment savoir qu’on faisait de la dentelle. Pour nous, c’était juste… normal.
J’entends souvent des fondateurs râler sur les repreneurs. « Ils auraient dû faire comme ci, ils auraient dû prendre telle décision ». Je ne vais pas faire ça. J’étais au bout de mon aventure avec madmoiZelle et je sais pertinemment que je n’aurais pas pu faire mieux. Je serais au mieux parti en dépression, au pire j’aurais chopé une maladie grave vu mon état.
Ici, je vais juste parler de moi. De ce que j’aurais pu faire avant de vendre. Ce que j’aurais dû faire. Si jamais tu es sur le point de vendre ton entreprise, peut-être ça t’aidera. Va savoir.
1. Prendre soin de ma santé mentale et me faire accompagner
C’est le point numéro 1 car c’est à mon sens le socle de tout le reste du dispositif. Avec une santé mentale au top, j’aurais pu avoir plus de clarté sur ce que je voulais. Au lieu de ça, j’ai navigué à vue.
Mon associé est décédé brutalement en février 2019. En quelques minutes, sur son canapé, à l’heure du déj. On était au téléphone 20 minutes avant. On n’avait pas terminé notre conversation qu’on devait boucler après un déj pro.
Bon, on ne la terminera jamais, cette discussion.
Cette mort soudaine a terminé de secouer mon existence comme un cocotier. Denis était mon associé, mon ami, mon mentor, une figure paternelle de 15 ans de plus que moi. Sa disparition a remis mes pendules à l’heure.
Il était temps que je vive MA vie et que j’arrête de la consacrer à madmoiZelle. Incroyable projet, que j’avais façonné année après année à mon image, dans lequel j’avais mis l’intégralité de mon Âme — et je te promets que je n’en rajoute pas 🫠
Mais j’y ai aussi laissé ma santé mentale, ma santé physique (j’étais bloqué du dos depuis 2014), un temps infini et une partie de ma vie de famille. Le sacrifice a été incroyable. Mais clairement, j’étais une victime consentante, j’adorais ça.
Quand Denis est mort, je me suis retrouvé au fond du seau. J’ai perdu mon allié, mon coach attitré, mon compagnon de route, mon oreille aussi.
Même si notre relation avait bien sûr évolué entre 2005 et 2019, je me suis senti abandonné. Ah donc le mec se barre et me laisse en plan ?
Sur les bons conseils d’un ami entrepreneur, je me suis fait coacher pour la première fois de ma vie.
Ça m’a été d’une grande aide pour surmonter la mort de Denis mais avec le recul, j’aurais dû aller plus loin pour m’aider sur la cession de l’entreprise.
« On vend toujours trop tard » m’avait dit ce même ami. J’ai clairement vendu trop tard, mais c’est surtout que j’ai mis en vente alors que j’étais dans un mindset de fuite.
Une part de moi voulait se débarrasser de madmoiZelle alors qu’une autre part voulait prendre soin de la suite.
Avec un ou une bonne coach, tout ce que je raconte ensuite se serait passé différemment.
Avec le recul, j’étais trop cheap pour investir plus d’argent dans un coaching (relation à l’argent pétée, dites-vous ?) et une autre part de moi me disait que je ne méritais pas toute cette attention (magnifique cercle vicieux).
2. Prendre conscience de MA valeur au sein de la boîte
Conséquence immédiate du point numéro 1 : j’ai perdu les pédales et le sens de ma valeur au sein de ma propre boîte.
Un truc est sûr et certain à mes yeux : j’ai structuré une équipe canon, le fruit d’années d’essais-erreurs en tous genres. Une équipe qui va être capable de reprendre les rênes de la boîte une fois que je n’y serai plus.
Quand je rencontre les repreneurs, je suis convaincu qu’ils sont bien meilleurs que moi, que c’est infiniment mieux pour madmoiZelle de leur refiler le bébé plutôt que de continuer à en prendre soin — comment je pourrais faire ça alors que je suis incapable de prendre soin de moi ?
Avec le recul, je sais aujourd’hui que personne d’autre que moi ne pouvait faire madmoiZelle tel qu’il a été bâti. Avec ses forces mais aussi toutes ses limites d’ailleurs. J’en suis aujourd’hui profondément convaincu, mais à l’époque, je l’avais totalement perdu de vue.
3. Explorer d’autres pistes que la vente
Autre conséquence de ma santé mentale explosée : je n’ai plus le jus pour explorer d’autres pistes que la revente.
J’aurais pu trouver moi-même une DG que j’aurais nommée, lui filer les clés, dire à toute l’équipe :
« Bon j’dois vous laisser, j’ai besoin de me reposer, je pars 6 mois, je sais que vous êtes capables de faire tourner la boîte sans moi, ne m’appelez jamais sauf en cas de vie ou de mort, je reviens dans 6 mois et sans doute d’ici-là, la Vie aura changé »
S’il y a bien quelque chose que je regrette dans tout ce process, c’est de ne pas avoir ouvert du tout l’exploration de cette piste.
4. Structurer la boîte telle que JE la voulais après ma passation
Je parlais plus haut de mon équipe canon. En 2017, j’avais déjà eu des velléités de vendre et de quitter la boîte. Il était déjà temps à l’époque.
J’avais proposé à une patronne de média que je connaissais bien, que j’estimais beaucoup de racheter l’entreprise. Après un rapide audit, elle m’avait dit « sans toi, dans l’état actuel des choses, on n’y arrivera pas ».
Ça m’avait requinqué. À travers son œil, j’avais entr’aperçu la puissance de madmoiZelle. Mais il fallait que je délègue, clairement.
J’ai passé les 2 années suivantes à structurer l’organigramme que j’avais en tête : positionner des gens talentueux à des postes-clés, les former à manager, leur refiler un maximum de mon expérience. Deux ans plus tard, j’avais un magnifique « râteau » de manageuses.
Quand j’ai pris la décision de vendre, j’ai délégué au repreneur l’organigramme que j’avais en tête pour la suite de l’entreprise. J’avais pris bien soin de leur dire « nommez unetelle à tel poste, unetelle à tel poste et machine à tel poste et vous serez AU TOP », mais ça n’était pas assez. J’aurais dû le faire moi-même.
J’ai pris la décision de vendre au printemps 2019. Dès la rentrée 2019, au tout début du process de vente, j’aurais dû structurer la boîte telle que je l’avais en tête pour la suite.
Créer un comité de direction, nommer les femmes talentueuses qui géraient mad à des postes de directrices. Créer des postes. Directrice de la rédaction, directrice commerciale, DRH, directrice technique. Payer toute cette team en conséquence.
Mais cf. le point 1 et le point 2. Mes repreneurs étaient dans mon esprit bien plus à même de le faire que moi. (Je t’ai dit de prendre soin de ta santé mentale ?)
5. Transmettre la Source correctement
C’est Christian Junod qui m’a fait découvrir les « principes source » de Peter Koenig en 2022. Ce jour-là, j’ai compris pourquoi ma transmission avait merdé.
Ce sont des principes pleins de bons sens, mais dont j’ai clairement manqué pendant le process de vente.
Les principes source sont compilés dans un livre, dont voici la 4ème de couv. Elle sera sans doute plus claire que n’importe quelle autre explication.
La source est une personne qui a une idée et qui prend des initiatives et des risques pour la réaliser. Sa tâche principale consiste à clarifier quel est le prochain pas à faire pour développer son projet.
Quand elle a besoin de soutien, elle invite d’autres personnes à participer et devenir “source” à leur tour d’une partie du projet. Tous nos collectifs sont nés ainsi.
Chacun occupe plusieurs rôles de “source” dans sa vie : le manager est invité à devenir “source” de son équipe ; le collaborateur, “source” de son activité ; le sportif, “source” de sa forme. Partout où il y a un projet, il y a une “source”.
Les “principes source” nous aident à nous engager énergiquement dans toutes nos initiatives et à encourager ceux qui nous entourent à faire de même. Ils invitent à vivre un management plus inspiré, stimulent notre implication créative et donnent un sens nouveau à nos liens professionnels et personnels.
6. Imposer ma patte de Fondateur
Avec un F majuscule, ué.
Imposer ma patte de Fondateur et écrire tout ça dans le contrat de cession. M’engager et obliger les repreneurs à s’engager.
Au lieu de ça, j’ai vaguement dit que j’allais venir travailler avec les nouvelles directrices pendant X mois, un jour par semaine. Une fois embauchées, avant même de signer, le repreneur m’a expliqué que ça irait, qu’ils n’avaient pas besoin de moi. J’ai dit ok.
Quelque part, ça m’arrangeait de pouvoir passer rapidement à autre chose.
Quelque part, j’étais inconscient de la valeur que je pouvais leur apporter (cf. le point 1 et 2), et une part de moi était dans le déni de mon désir puissant de transmettre la Source.
J’ai compris plus tard qu’elles ne voulaient pas travailler avec moi. Je trouve ça stupide mais je comprends leur logique. « Tu peux amener un âne à la fontaine mais tu ne pourras pas l’obliger à boire » disait toujours mon bon Denis.
Avec le recul, j’aurais dû conscientiser tout ce dont j’avais BESOIN et tout noter de A à Z dans le contrat de cession. Et notamment : les modalités de mon départ.
7. M’organiser une vraie fête de départ
Last but not least : fêter mon départ comme il se doit.
Au lieu de ça, je suis parti sur la pointe des pieds. En plein été. Faut dire que le COVID et le confinement n’avaient rien arrangé aux liens sociaux.
À la limite, j’allais pas demander aux repreneurs de m’organiser une fête d’adieu. J’avais qu’à me démerder. Mais à mes yeux, je ne la méritais pas (le point 1 et 2, remember ?).
En revanche, sur le site, à destination des lectrices, ça, j’aurais dû faire plus attention.
J’ai écrit ma lettre d’adieu, elle est restée une journée à la Une du site et basta.
J’avais demandé aux repreneurs de venir faire un dernier coucou dans Laisse-moi kiffer, le podcast auquel je participais une semaine sur deux, ils ont refusé et j’ai… baissé mon pantalon. Ah oui désolé de déranger, j’ai vendu, je n’ai plus rien à faire ici.
Ce qui est fondamentalement vrai. Mais ça ne leur coûtait rien que je vienne apparaître pendant 1h dans ce podcast après 15 ans (QUINZE ! ANS !) à faire de ce média le succès qu’il était devenu.
Il y a un truc que je n’avais fondamentalement pas saisi à l’époque.
Certes, je n’étais plus le patron de madmoiZelle, son PDG. Mais j’en resterai à tout jamais le Fondateur. La source.
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Voilà. J’espère que mes ratés pourront te servir. Si tu es en process de vendre, je peux t’aider. Parce que oui, entre temps, je suis devenu coach (rien n’arrive par hasard, n’est-ce pas).
Je suis sans doute devenu le coach que j’aurais aimé avoir à mes côtés pendant le process de vente :)
Si jamais ce que je viens d’écrire t’inspire, n’hésite pas, prends rdv, on sait jamais, ça pourrait coller entre nous et je pourrais peut-être t’éviter de faire des erreurs que j’ai pu faire.
Force et paillettes sur toi,
Fabrice
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